Comment garder les défunts vivants ?

06 Juin 2019
19:19
HETIC, 27bis rue du progrès, Montreuil

Comment garder les défunts vivants ?

Les outils d’écriture des réseaux sociaux numériques encouragent l’expression des affects et des émotions selon des modalités contraignantes. Mes recherches sur les pratiques d’écriture à visée mémoriale autour des personnes défuntes dans Facebook et sur la production du genre dans le débat relatif à la « théorie du genre » sur Twitter, m’ont conduite à observer la constitution de communautés émotionnelles dans ces deux RSN : d’une part, des communautés se forment autour de la production d’objets d’amour, les personnes défuntes sur Facebook ; d’autre part, des communautés se forment autour de la production d’objets de dégoût, les existences non binaires, et de haine, en particulier Najat Vallaud-Belkacem, sur Twitter. Ces communautés émotionnelles sont également des communautés sémiotiques en ce sens qu’elles produisent l’objet d’émotion qui les constituent, selon les mêmes modalités sémiotiques (partage de photographies, réalisation de vidéo, etc.). Dès lors, la maîtrise de certaines pratiques d’écriture peut devenir un enjeu dans certaines communautés, et des pratiques d’écriture différentes peuvent désigner ou annoncer des fractures en sein des communautés émotionnelles. Sur le terrain du débat relatif à la « théorie du genre » sur Twitter, il est même possible d’avancer l’hypothèse d’un alignement des communautés émotionnelles, sémiotiques et politiques : une position politique se manifesterait par une certaine manière d’exprimer une émotion ou de chercher à susciter un effet pathémique à l’égard d’un objet. L’engagement émotionnel dans un débat politique, que Twitter encourage, permet aussi de constituer des coalitions instables entre des formations politiques ne partageant pas tout à fait la même ligne politique.